Elles dansaient. Lentement, comme si elles se fichaient bien du froid qui nous mordait les joues. Des voiles verts, parfois teintés de rose, ondulaient au-dessus des fjords noirs et gelés. À cet instant, tout était parfait… ou presque. Parce que ce qu’on ne vous dit pas toujours, c’est qu’avant d’arriver à photographier des aurores boréales, on attrape surtout un rhume, une crampe aux orteils, et une bonne dose de frustration.
Voir des aurores boréales, c’est un rêve parfois vendu comme une évidence. Mais en vrai, c’est un peu comme essayer d’observer une licorne. Il faut de la patience, un brin de chance, et accepter que la bête peut refuser de se montrer malgré des indicateurs au vert. J’ai eu la chance de les observer à plusieurs reprises lors de mes voyages en Laponie finlandaise ainsi que pendant mon road-trip aux îles Lofoten. Mais derrière la magie, j’ai poireauté dans le vent, tenté de déchiffrer des applis météo cryptiques et découvert que non, les photos Instagram ne racontent pas toujours toute l’histoire. Et parfois, malgré toute ma persévérance, je n’ai rien vu du tout, comme lors de mon voyage de 10 jours en Islande.
Dans cet article, je te raconte ce que tu ne verras pas dans les brochures, avec des anecdotes de terrain, quelques conseils pour photographier les aurores boréales (sans perdre un doigt dans l’affaire) et une invitation à simplement lever les yeux, sans écran interposé. Car parfois, c’est dans l’imperfection du moment que la vraie magie opère.
Ce qu’on ne te dit pas sur les aurores boréales
Les aurores boréales ne ressemblent pas toujours à ce qu’on voit sur les réseaux sociaux. Avant de sortir le trépied et d’espérer photographier une aurore boréale spectaculaire, il faut savoir qu’elles sont des créatures capricieuses… et parfois un brin discrètes.
Des voiles blancs aux flammes vertes : l’intensité change tout
Quand l’activité est faible (indice KP inférieur à 4), les aurores peuvent apparaître comme un simple voile blanc, presque brumeux, qu’on confond facilement avec un nuage. Ce genre d’aurore est souvent invisible à l’œil distrait, mais se révèle en photo. Les longues poses font ressortir le vert caché et parfois même une pointe de rose. C’est là que la magie opère, mais surtout sur ton écran.
En revanche, quand l’indice KP dépasse 4, le spectacle prend une toute autre dimension. Là, pas besoin d’appareil photo pour être ébloui. Le vert devient vif, intense, les contours se dessinent nettement, et les mouvements sont visibles à l’œil nu. L’aurore ondule, serpente, tourbillonne dans le ciel et cette danse céleste, tu ne peux pas la capturer sur une image fixe. Une photo fige l’instant, mais elle ne raconte pas le frisson du mouvement.
Elles ne viennent pas toujours du nord
On entend souvent qu’il faut regarder vers le nord. C’est vrai… jusqu’à ce qu’une aurore surgisse dans ton dos.
Aux Lofoten, on a plusieurs fois vu des aurores jaillir du sud, ou balayer tout le ciel d’est en ouest. Moralité : lève les yeux, tourne sur toi-même et observe le ciel à 360° car ces demoiselles aiment surprendre là où on ne les attend pas.
Une météo plus complexe qu’il n’y paraît
Ciel dégagé ? Parfait, mais pas suffisant pour espérer voir une aurore. Il faut croiser plusieurs facteurs :
- Un bon indice KP (au moins 3-4 pour les Lofoten)
- Des vents solaires actifs
- Une lune présente, mais pas trop pleine, pour illuminer les reliefs sans noyer les aurores
- Et de la patience, beaucoup de patience
Même avec tous les voyants au vert, il n’est pas garanti que l’aurore se montre. Il faudra peut-être attendre, se réchauffer, revenir… ou tout simplement avoir un peu de chance. Et plus surprenant, même quand tous les voyants sont au rouge, tu n’es pas à l’abri de voir une aurore !
Aux Lofoten, malgré une intensité affichée assez faible et un ciel nuageux tous les soirs sans exception, nous avons pu profiter d’un spectacle incroyable. Suffit juste d’une bonne éclaircie, et d’être au bon endroit, au bon moment. Comme pour la photo ci-dessous qui a été prise depuis mon lit…

Comment photographier les aurores boréales
Photographier des aurores boréales, ce n’est pas sorcier… mais ce n’est pas non plus un miracle automatique dès qu’on appuie sur un bouton. Que tu sois team smartphone ou reflex en mode expert, voici quelques conseils de terrain pour ramener autre chose qu’un flou vert de frustration.
Pour les débutants, smartphones et appareils compacts
Bonne nouvelle, on peut photographier des aurores boréales avec un smartphone, surtout les modèles récents. Il faut juste un peu de préparation et quelques réglages manuels (si ton appli photo le permet).
Quelques astuces simples :
- Stabilise ton appareil : calé contre un rocher, posé sur un sac, ou avec un mini-trépied (léger et pratique en rando). Rien de pire qu’un flou de bougé sur une aurore.
- Active le mode nuit ou “pose longue” si disponible, et désactive le flash (évidemment).
- Monte les ISO (entre 800 à 1600 si tu peux régler) et choisis une vitesse d’obturation de quelques secondes (entre 5 et 15 secondes selon l’intensité).
- Fait la mise au point sur l’infini, si ton appli le permet. Sinon, essaie de viser une étoile ou une lumière lointaine.
- Et surtout : essaie plusieurs réglages. Chaque aurore est différente, et l’écran ne montre pas toujours exactement ce que tu vas obtenir.
Petit bonus : certaines apps comme « ProCamera » (iOS) ou « Camera FV-5 » (Android) permettent un contrôle manuel bien plus poussé. Parfait pour améliorer les chances sans le matériel de pro.
Je tiens toutefois à nuancer la qualité des photos que tu obtiendras. Sur l’écran de ton smartphone, le rendu sera sûrement très sympa. Parfait pour partager sur les réseaux. Par contre, oublie direct l’idée de pouvoir l’imprimer. Dès que tu téléchargeras ta photo sur ton écran de PC, tu verras la cata.
Pour les photographes passionné·es avec reflex ou hybride
Là, on entre dans la partie sérieuse. Celle où tu acceptes de perdre la sensibilité de deux doigts au nom d’une belle image.
Le kit de base à prévoir lors tes sorties de chasse aux aurores:
- Un appareil reflex ou hybride capable de monter dans les ISO sans trop de bruit
- Un trépied stable (indispensable)
- Une télécommande ou un déclencheur retardé (2 secondes), pour éviter les vibrations
- Et idéalement, une batterie de rechange gardée au chaud dans ta veste !
Les réglages recommandés pour une photo au top dès la première prise de vue :
- ISO : entre 800 et 3200 selon ton boîtier et l’intensité de l’aurore. Mieux vaut une photo plus clair (sans être cramée), quitte à diminuer l’exposition en post traitement, que l’inverse. La qualité sera meilleure.
- Ouverture : f/2.8 à f/4 pour laisser entrer un max de lumière
- Vitesse d’obturation : 5 à 15 secondes (plus si l’aurore est faible, moins si elle est vive et rapide)
- Mise au point manuelle sur l’infini : fais le point de jour ou sur une étoile, puis désactive l’AF
Astuce de terrain : une aurore très active peut se transformer en traînée floue si tu la photographies avec une pose trop longue. Si elle danse vite, n’hésite pas à raccourcir un peu ton temps de pose pour garder ses détails et ses ondulations.
Dernier conseil, ne passe pas toute la soirée l’œil collé au viseur. Prends quelques clichés, ajuste, puis relève la tête. Les aurores bougent, changent, et parfois, c’est juste mieux de les vivre que de les capturer.

Et si en plus de photographier les aurores, on les regardait… vraiment ?
À force de vouloir photographier les aurores boréales, on en oublierait presque l’essentiel : elles sont là, juste au-dessus de nous. Vivantes. Éphémères. Inimitables. Et aucune photo, même parfaite, ne remplacera le frisson de les voir danser en vrai.
Il y a ce moment étrange, presque irréel, où le ciel se met à bouger. Tu te demandes si c’est une illusion, puis tu réalises : non, ça ondule pour de vrai. C’est lent et rapide à la fois. Hypnotique. Et à cet instant précis, l’appareil devient secondaire. Parce que ce que tu ressens, ce frisson qui te traverse sous les couches de laine, aucun capteur ne peut le traduire.
Alors oui, ramener une belle image, c’est tentant. Et gratifiant. Mais n’oublie pas de vivre la scène avant de vouloir la capturer. Enlève ton œil de l’écran, coupe la rafale, range le téléphone cinq minutes. Assieds-toi dans la neige, souffle un bon coup, et regarde.
Regarde vraiment.
Parce qu’au fond, ce n’est pas juste une photo que tu veux rapporter. C’est un souvenir vibrant, un moment suspendu, que tu pourras raconter. Et crois-moi, dans dix ans, tu te souviendras beaucoup plus du silence autour du fjord, du vert qui palpite dans le ciel, et de ton souffle gelé… que de l’ISO exact de ta meilleure image.


Photographier les aurores boréales, c’est un mélange d’anticipation, de technique, de patience… et de magie. Aux îles Lofoten comme ailleurs, il n’y a jamais de garantie, seulement des chances à saisir. Alors équipe-toi, prépare-toi, mais surtout, laisse de la place à l’émerveillement. Parce qu’une aurore boréale, ça se vit bien plus que ça ne se capture.


