Ce jour où j’ai fait du kayak au milieu des icebergs, au Spitzberg

Depuis le début de notre séjour en autonomie au Spitzberg, pas un jour ne s’écoule sans que l’émerveillement ne dépasse celui du jour précédent. Si ce cinquième et dernier jour suivait la même logique, nous devrions donc nous attendre à un final en apothéose digne des meilleurs artificiers du monde.

Alors que la veille nous avions délaissé nos kayaks pour randonner autour de la ville fantôme de Pyramiden, le guide nous prévient dès le petit déjeuner terminé qu’aujourd’hui ce serait grosse journée kayak avec près de 20km de navigation. Bon beh… on ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenu !

Mais au fait, 20km c’est bien (ou pas), mais savoir où on va, c’est mieux. Non ?

Réponse plutôt évasive du guide: “Par là”. *signe de main vers le glacier*

Bon, ben… je crois qu’on va devoir s’en contenter. Pour le moment en tout cas.

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Désormais rodés, nous enfilons plus ou moins rapidement notre combinaison imperméable de kayak qui nous sied aussi bien qu’à Bibendum, puis nous prenons le large direction… Pyramiden ! Encore ?

La ville étant sur notre chemin vers le glacier, nous faisons juste halte dans le port afin que le guide puisse se rencarder sur la situation météorologique mais aussi sur la présence des ours dans le coin. En effet il nous a expliqué que nous allions passer au niveau d’une passe à ours, autrement dit un endroit relativement souvent fréquenté par ces derniers. Et comme il tient autant à notre vie qu’à la sienne, il souhaite nous éviter à tout prix une rencontre fortuite, sur terre ou dans l’eau.

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Après une éternité, le guide revient avec la confirmation que des ours ont bel et bien été vus dans la matinée sur les bords du fjord. Clairement, à ce moment là moi je n’ai qu’un désir, voir les ours ! C’est très con, surtout quand on sait comment ça peut se terminer, mais voilà on ne se refait pas. Mais le guide qui n’a pas du tout la même approche, nous intime la plus grande prudence et surtout ne pas nous approcher ou nous arrêter de pagayer si nous voyons un ours au loin. En gros, peu importe où il est, fuyez !

Nous reprenons donc notre route vers le glacier, les yeux à demi rivés devant nous, et à demi rivés sur la berge et les montagnes où j’espère plus que secrètement voir cette grosse boule poilue. Et avec des oursons ce serait encore mieux steuplé.

Fin du suspense, aucun ours en vue. Où alors il se cachait bien. Nous dépassons la zone “à risque” et à l’approche du glacier nous faisons halte sur le rivage pour le lunch. La menace semblant ne plus en être une par ici, nous suivons le guide à pied pour trouver un endroit avec un point de vue sympathique sur le glacier pour manger. Quand on peut joindre l’utile à l’agréable, pourquoi se priver ?

Nous dépassons un éperon rocheux au sommet d’une butte et là, le choc.

D’un côté, nos kayaks semblent complètements perdus face à l’immensité du fjord devant eux.

De l’autre, le glacier se tient juste à nos pieds.

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D’où je me tiens, j’ai même l’impression qu’il ronronne de plaisir. A moins que… ah oui, dommage, c’était pas le glacier mais juste un hélicoptère de tourisme le survolant. *soupir*

M’enfin, toujours est-il qu’il y a pire comme endroit pour déjeuner. Alors que jusqu’à présent je rationnais l’utilisation de mon reflex pour ne pas gaspiller de batterie, c’est le dernier jour alors j’en profite ! A défaut d’avoir des photos d’ours, au moins, j’aurais des photos de glacier. En plus, comme s’il nous avait attendu pour faire son show, le soleil joue avec les nuages pendant notre repas. Un p’tit rayon de soleil par ci, puis un autre rayon par là… Instant magique.

Pensive, je me laisse à rêver devant tant de beauté. La glace scintille sous les rayons du soleil, les teintes bleutées se révèlent au plus profond de ses entrailles. Je resterais des heures à le regarder, à le contempler sous toutes ses coutures, à compter chacune de ses crevasses.

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Mais notre guide donne le départ pour retourner à nos kayaks. Kwaaa? Déjà ? Mais heu.. mais non ! On vient juste d’arriver !

Les nuages se sont levés, le soleil est à son zénith, l’eau est aussi calme qu’une mer d’huile. Nous avons de la chance, la météo est parfaite pour que l’on puisse s’approcher du glacier avec nos kayaks !

Les instructions sont claires, nous restons derrière le guide tous ensemble.  Aucune tentative de fugue n’est autorisée. Nous devons être prêts à nous regrouper si un morceau de glacier s’effondrait, pour ne pas chavirer.

A l’arrière de notre kayak, je suis aux commandes du pédalier. Pendant que le co-kayakiste pagaie, je dirige prends les photos. Doucement, silencieusement, nous glissons au fil de l’eau. Le moment est si fort, si intense. Je sens l’émotion monter au bord de mes yeux. Ce que je suis en train de vivre est incroyable. Jamais je n’aurais pensé pouvoir vivre un moment aussi exceptionnel.

Je réalise vraiment cette chance que j’ai de pouvoir voyager dans des endroits aussi somptueux. Car oui, n’en déplaise à certains, mais voyager est une chance.

Soudain, devant nous, une petite tête curieuse sort de l’eau. Le petit phoque fait quelques sauts puis repart vivre sa vie.

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De loin, le glacier nous semblait si proche. Mais quand tu pagayes, finalement, c’est une autre histoire. Après un certain temps qui m’aura semblé duré une éternité, une vague de froid nous enveloppe en même temps que nous apercevons les premiers petits icebergs. Ou à ce stade, plutôt des petits glaçons. Mais qu’importe. Nous touchions au but. Ce dont je rêvais depuis plusieurs semaines se concrétisait enfin.

Devant nous, un mur de plusieurs mètres de glace nous fait face. Il est si haut ! C’est impressionnant. Tout en restant à une distance raisonnable, nous longeons ce monstre blanc aux veines apparentes. Je comprends les recommandations du guide. Un pan qui s’effondre, aussi petit soit-il et c’est un vague géante qui s’abat sur nous. Autant rester prudent.

Sur mon kayak, dans un cadre irréel au milieu des icebergs, je ne suis que joie et béatitude face au spectacle que la nature nous offre dans son écrin le plus pur.

Je suis tellement absorbée à m’émerveiller que j’en oublie de prendre des photos. Heureusement que le co-kayakiste est là pour me rappeler à ma tâche !

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Quelques clics plus tard, nous reprenons le large vers notre camp. Sans nous en être rendus compte, le soleil avait déjà bien tourné et le vent s’était levé. Pour rejoindre le campement au plus vite, pas le choix, nous devons couper à travers le fjord et faire face au vent, aux vagues et au courant. Une vraie partie de plaisir, j’te le dis.

Je suis exténuée en accostant au rivage. Je crois que mes petits bras n’ont jamais mis autant d’entrain à la tâche. Ah si, pardon. Le jour où j’ai failli me faire attaquer par une meute de cygnes enragés, avides de sang frais sur les bords d’un lac. Je te raconterai un jour cette histoire… peut-être.

Mais malgré la fatigue, je n’aurais laissé pour rien au monde mon dernier tour de garde. Oh que non ! La garde c’est sacré, encore plus quand j’hérite de la toute dernière, celle du petit matin qui se réveille. Une dernière garde pour espérer voir l’ours qui ne s’est pas montré. Une dernière garde pour repenser à chaque seconde des six derniers jours et essayer de les graver en mémoire à jamais.

Une dernière garde pleine d’émotion pour te dire au revoir cher Spitzberg. Et prends soin de toi.

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Tu as déjà fait du kayak dans un lieu insolite, ou tu aimerais en faire ? Partage ton expérience en commentaire !

21 commentaires sur “Ce jour où j’ai fait du kayak au milieu des icebergs, au Spitzberg

  1. Mon Dieu, c’est tellement beau. À la base, je suis plus attiré par les pays chauds, mais depuis quelques temps, le froid m’attire, les grandes montagnes de glaces me font un effet de ouf.
    Les photos sont superbes, ça doit être tellement incroyables le kayak dans un tel décor 🙂
    Et le petit phoque aw, j’aurais trop craquééééé

  2. Ca avait l’air absolument dingue! Mais tout de même, le kayak, j’aurais eu peur 😉
    (Peur du kayak, mais réaction identique quand on m’annonce qu’il y a des ours pas loin hahah)

  3. Le récit est magnifique ! Je suis pas méga-douée en kayak mais je m’y suis mise en Patagonie et pour moi, le gros avantage du kayak c’est qu’on peut approcher les icebergs et glaciers de beaucoup plus près qu’en bateau (donc, gros gros gros point positif).

  4. Whaou! Ton récit est superbe. J’avais l’impression d’être avec toi (j’ai même eu un peu froid!). Ça a du être une expérience incroyable !

  5. J’adore faire du kayak en rivière mais alors entre les icebergs au pied d’un glacier, wouahou. En Islande on avait fait de l’escalade sur glacier et c’est une de mes plus belles expériences de voyage. Je pense qu’une rencontre avec un glacier laisse des souvenirs marquants comme ça.

    1. Franchement c’est pas du tout pareil sur une rivière que dans un fjord comme ici, on est surtout dans la contemplation, c’est magique.
      L’escalade sur glace ça doit aussi être un truc fou ! Les pays du nord offrent des possibilités merveilleuses pour les aventuriers 🙂

  6. Ton article est juste magnifique, ça m’a donné la chair de poule ! L’endroit à l’air juste magique, tu dois en garder un très beau souvenir pour la vie. J’adorerai faire ce genre d’expédition mais autant de kayak je ne m’en sens pas capable ^^

    1. Merci Jennifer 🙂 C’est clairement mon plus beau voyage, c’est aussi pour ça que j’ai mis autant de temps à en parler. J’avais besoin de le garder un peu pour moi… si ça t’intéress vraiment il existe d’autres expéditions, au Spitzberg où ailleurs (Argentine, Alaska…) avec des excursions à la journée sur moins de kilomètres. Une idée à creuser ?

      1. Effectivement ça pourrait être intéressant ! J’aurais besoin de bien m’entraîner avant mais je vais quand même regarder ! merci pour l’info 🙂

  7. Il avait l’air vraiment magique ce voyage 🙂 Le kayak c’est aussi notre dada, on en fait partout, mais ce que j’aime au dela des paysages autour, c’est vraiment la sensation de liberté qu’il procure. On prend la mer et hop, on se casse ! Irremplaçable 🙂

    1. Franchement c’est mon plus beau voyage à ce jour. Non pas en termes de paysages, même si c’était joli, mais vraiment en choc émotionnel. On s’est pris des claques tous les jours.
      C’était la première fois que je faisais du kayak donc je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’ai bien aimé la liberté qu’il procure, mais je pense que j’apprécierais plus si j’étais seule à bord. Là il faut tout le temps avoir un rythme synchro et donc je trouve que ça casse cette liberté. Tu ne peux pas aller où tu veux…

  8. Magnifique reportage! Je crois que faire du kayak au milieu de la glace c’est juste un rêve! Nous faisons beaucoup de kayak sur rivière, lac, fleuve, en eaux vives et depuis peu en mer mais là c’est juste whaou!!!!

    1. Franchement autant faire du kayak ou même du canoë c’est pas trop mon truc, autant quand j’ai su qu’on aurait la possibilité d’approcher des icebergs et un glacier de près c’est ce qui m’a décidé pour ce voyage ! Et je ne regrette pas du tout !

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