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Le tour de l’Oisans et des Ecrins (GR54) en 9 jours

Forts de notre première expérience en trek, le GR20, nous avons eu envie de remettre ça de suite afin de profiter de notre musculature nouvellement acquise avant le retour du fromage fondu dans les hanches. Le GR54 dans les Alpes, le grand tour de l’Oisans et des Ecrins, correspondait complètement à nos attentes et semblait très comparable au GR20 en termes de difficulté et de dénivelé. Soit plus de 12 000 mètres de dénivelé positif répartis sur 13 étapes et presque 200 km d’après le site officiel.

Sachant que nous avions terminé les 16 étapes du GR20 en 11 jours, notre défi cette fois-ci était de terminer le GR54 en 10 jours tout en passant par quelques variantes acrobatiques sympathiques mais surtout en complète autonomie. Cette dernière contrainte s’est ajoutée un peu malgré nous, car fin septembre la plupart des refuges sont fermés. Mais il en fallait plus pour nous décourager puisque nous avons bouclé le tour en 9 jours !

Voici donc le résumé de nos étapes ainsi que le détail jour par jour.

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Jour 1 : Bourg d’Oisans à Besse


Pour commencer fort, nous avons commencé fort. Si je n’ai qu’un seul conseil à te donner lors d’un trek, c’est de ne jamais, oh grand jamais !, te bourrer la gueule boire plus que de raison la veille du départ. Crois-moi, tu n’as pas envie de connaître ça.

Après une courte nuit donc, nous avons déposé la voiture au parking derrière l’office de tourisme dans le centre de Bourg d’Oisans avant de commencer notre aventure.

Dès la sortie de la ville, nous empruntons un sentier abrupt dans la forêt. De quoi bien nous faire regretter nos excès de la veille. Pour te la faire simple, ce sentier monte pendant plusieurs kilomètres à l’ombre, sans vue. Pas top pour commencer. Mais après plusieurs heures, le chemin débouche enfin sur une route traversant plusieurs petits villages ultra-mignons, où les petits chalets côtoient les maisons en pierre et les jardins en fleurs. Le terme qui conviendrait pour décrire ces villages est ‘croquignolet’.

La route continue ensuite au milieu d’une zone vallonnée au pied de l’Alpes d’Huez. Si on oublie les affreux bâtiments qui nous regardent de haut et les remontées mécaniques, le paysage est magnifique. Nous profitons d’ailleurs de ce cadre pour nous poser quelques instants et faire une petite sieste. Il faut dire que depuis le début de la journée, j’ai vraiment du mal à avancer, je n’ai plus de souffle ni de force. L’alcool, oui sûrement, mais aussi l’accumulation de fatigue les semaines précédant le trek. Cette petite pause salvatrice me permet de repartir sur un meilleur rythme pour affronter la montée en plein cagnard jusqu’au col de Sarenne à 2000m.

Arrivé au col, la vue mérite encore quelques derniers efforts pour surplomber la vallée. Mais quelle vue ! Pwaou ! (un mélange de putain et wahou…). Les glaciers nous font face, tandis que plus bas la route serpente en lacets jusqu’au village de Clavans le Bas, notre objectif pour la journée. Le tout dans un décor incroyablement fleuris.

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La descente jusqu’à Clavans le Haut, puis Clavans le Bas s’apprécie, même si en fin de journée ça tire quand même sur les genoux.

Sauf que grosse déception, impossible de trouver un coin de bivouac pour la nuit. Les terrains, tous privés sont en pente, avec des vaches et certains laissent un droit de passage aux chasseurs… sachant que nous sommes un samedi, nous n’allons pas prendre le risque de nous faire réveiller par des plombs aux fesses.

Après 8h de marche je suis à bout. La dernière montée (très) raide jusqu’à Besse finit de m’achever. En pleurs, incapable de reprendre mon souffle et peinant à mettre un pied devant l’autre je veux juste planter la tente, n’importe où pour enfin dormir.

Ce soit là, vu mon état de fatigue, l’inquiétude est grande. Nous nous demandons tous les deux si j’arriverais à continuer plus loin. Déjà, une bonne nuit de sommeil et on verra demain ! L’avantage de ces premiers jours c’est que nous devons traverser plusieurs villages. Si je devais abandonner, je trouverais facilement à me loger ou je pourrais même retourner chercher la voiture à Bourg d’Oisans.

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Jour 2 : Besse à Villar d’Arène par le plateau d’Emparis


12h de sommeil plus tard, je me lève. Enfin, sommeil… pas vraiment. Le terrain en pente m’a empêché de vraiment dormir toute la nuit à force de remonter sur mon matelas. Mais je suis motivée et c’est tout ce qui compte. Hashtag #jesuisunewarrior

Avant de commencer l’ascension du jour jusqu’au plateau d’Emparis, nous traversons d’abord le magnifique village de Besse en Oisans, tout en pierre. Ceux de la veille étaient jolis, oui, mais rien de comparable à Besse. C’est superbe ! Si tu ne connais pas la région, même si tu ne randonnes pas, alors je te recommande vraiment de séjourner ici.

Puis, à la sortie du village nous découvrons qu’il y avait une aire de bivouac gratuite … bon. Tant pis. Pas sûr que j’aurais eu la force de l’atteindre de toute façon.

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La première complication de la journée arrive ensuite. Une bonne montée toute en lacets jusqu’au plateau. Alors que je reprends mon souffle régulièrement, j’en profite pour contempler les sommets et les glaciers qui se dévoilent dans notre dos. Nous ne sommes qu’au début de notre trek, mais je suis déjà ravie de ce que je vois, même si nous croisons beaucoup trop de monde sur notre chemin. Il faut dire que le plateau d’Emparis et ses lacs, est « un peu » le plus beau site du coin. En plus, ce dimanche-là il y avait une course de VTT … Pour la tranquillité on repassera.

Nous atteignons enfin le plateau. Un paysage vallonné à perte de vue, sans aucun arbre avec au fond les glaciers qui nous observent. Seuls quelques petites bergeries témoignent d’une activité humaine dans la région.

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Ici, nous avons le choix de redescendre directement à la Grave, ou bien de poursuivre par la variante du lac noir. Tu me connais, malgré la fatigue, hors de question de rater l’un des sites emblématique de la région, non mais. Par contre, pour y accéder, il faut encore se rajouter 300 mètres de dénivelé dans les pattes !

Le panorama est à la hauteur de sa réputation. Un truc de dingue ! Les glaciers de la Meije nous font face, de quoi se sentir tout petit. Et triste aussi. De voir à quelle vitesse ces derniers reculent chaque année…

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De nouveau, la sieste s’impose si je veux pouvoir terminer la journée. Je le sens, j’ai beau avoir la volonté, mes jambes ne me tiennent plus et mon souffle se fait court, je n’ai absolument plus d’énergie malgré tout ce que je mange. Ça me frustre tellement de ne pas être au meilleur de mes capacités!

Lors de la descente nous devons partager notre chemin avec tous les VTT que nous croisons, clairement pas le meilleur moment de notre trek. Puis, arrivés à la Grave, nous profitons d’un magasin ouvert pour nous refaire un stock de bonnes choses. Du chocolat !!! En plus d’être bon pour le moral, j’espère surtout que ça me redonnera de l’énergie pour la suite, j’ai pas envie d’abandonner moi. Non mais quoi, c’est qui le boss ici ? Les jambes vous allez vous bouger un peu, oui !

Faut croire que je suis très nulle en motivation parce qu’à peine 20 minutes plus tard, je m’effondrais comme une merde la veille. Je te laisse imaginer la tête du co-randonneur désabusé, impuissant. Il n’aurait pas eu 20kg sur le dos, je suis sûre qu’il me proposait de me porter. Ou pas haha.

On a finalement trouvé un petit coin de bivouac très sympa, sur du plat et près de la rivière. Rien de mieux que l’eau glacée bien fraîche de la rivière pour faire une petite toilette. Y’a pas à dire, se sentir tout propre, ça fait du bien. Ce soir là, ce ne sont ni les grondements sourds et menaçants de l’orage ni la pluie qui auront eu raison de mon sommeil. Enfin !

Jour 3 : Villar d’Arène –  Monêtier les Bains


Après deux grosses journées, je n’étais pas mécontente de lever le pas. Moins de kilomètres et moins de dénivelé au programme. Mais toujours des paysages de plus en plus beaux.

Cette étape fait indubitablement partie des plus belles journées de ce trek.

Nous partons alors que le soleil n’a pas encore percé au dessus des sommets, et dès les premières minutes de marche un paysage de fou se dresse devant nous.

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Après une ascension relativement rapide, nous rejoignons le refuge de l’Alpes de Villars d’Arène, niché dans un cadre splendide au milieu des alpages. L’occasion pour le co-randonneur de rencontrer pour la première fois … des marmottes ! Eh oui, le plateau grouille de petites bêtes poilues et en septembre, ma foi on peut dire qu’elles sont actives.

Les grandes étendues de verdure laissent peu à peu la place à un décor très minéral, quasi lunaire, au milieu de ces énormes rochers. Nous traversons à plusieurs reprises la rivière qui serpente entre tous ces cailloux, sans avoir besoin de déchausser. Les joies d’être fin septembre !

Au col d’Arsine le paysage est incroyable. Indescriptible. Toutes ces couleurs, ces matières… ces marmottes ! La fatigue des derniers jours s’envole complètement à cette vue. C’est tellement beau !

Le moment parfait pour prendre une pause au soleil, et regarder les marmottes jouer entre elles. Enfin, je suis bien naïve comme dirait le co-randonneur. Deux mâles qui coursent une femelle, ça mériterait plus sa place dans un tweet agrémenté du hashtag #metoo.

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Après un débat passionnant sur le consentement sexuel de la marmotte, nous reprenons le chemin, direction Monêtier les Bains. Nous aurions pu faire un détour jusqu’au lac glaciaire d’Arsine, mais connaissant l’étape du lendemain, je préférais me garder un peu de jus en réserve.

Du col d’Arsine au lac de la Douche, le paysage est juste grandiose. L’eau glacée du torrent, parée d’une teinte bleue laiteuse, s’écoule à nos pieds entre les roches colorées et la multitude de fleurs présentes en cette arrière-saison. Les versants des montagnes ayant déjà commencé à se parer de leurs couleurs automnales, le tableau était juste parfait.

Le bonheur, aussi pure que la nature qui dévoile ses plus beaux atours. 

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En arrivant au Monêtier en milieu d’après-midi, une grande question se posait à nous. Continuer pour chercher un lieu de bivouac ou s’arrêter et dormir au chaud dans le village ?

Bien que moins fatiguée que les jours précédents, je n’étais pas contre passer une bonne nuit au chaud pour bien me requinquer.

Un rapide coup d’œil aux hébergements disponibles et notre choix était fait. A nous la douche et le lit confortable ! Et tant qu’à faire, nous avons aussi réservé une nuitée pour le lendemain à Vallouise pour être en forme avant la journée la plus difficile du GR54.

Jour 4 : Monêtier les Bains – Vallouise par le col des grangettes et le lac de l’Eychauda


Quand on prévoit un trek ou même un voyage, il y a forcément des sites ou des paysages que nous attendons avec plus d’impatience que d’autres.

Cette étape en faisait partie. Malgré ma fatigue des premiers jours, je tenais absolument à faire cette variante, dont la beauté était à la hauteur de sa difficulté d’après les récits d’autres randonneurs.

Officiellement, le chemin que nous avons suivi ce jour-là ne fait pas partie des variantes du GR54. Alors que nous pensions que l’étape du lendemain par le col de l’Aup Martin serait la plus compliquée, il s’est avéré que celle-ci l’était encore plus. Je précise que j’ai choisi de faire une variante plutôt que le sentier initial, puisque de l’avis assez général cette étape est peu intéressante.

Bien sûr, fourbe que je suis, je n’en n’avais pas parlé au co-randonneur lors de la planification des étapes, puisque ce dernier m’avait tout laissé gérer. La prochaine fois, il regardera …

C’est donc hyper bien reposés (il était temps !) et super motivée (pour ma part), que nous nous élançons. Nous longeons la rivière pendant plusieurs kilomètres avant de déboucher dans un cirque grandiose où l’automne nous déroule son tapis automnale. Je le redis, MA.GNI.FI.QUE ! Pour la première fois depuis le début du trek, nous sommes complètement seuls. C’est tellement appréciable !

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Mais bon, la dure réalité se rappelle soudainement à moi quand le co-randonneur se met à douter de la possibilité de franchir ces montagnes et sent la supercherie à plein nez. J’ai dû me résoudre à lui avouer le chemin que nous allions devoir emprunter … Que n’avais-je pas fait ! J’aurais tenté de l’empoisonner que sa réaction aurait été la même. En résumé, j’étais complètement barge d’avoir prévu cette variante, mais maintenant on n’avait plus le choix. Si on avait un accident, ce serait de ma faute, me voilà prévenue.

C’est donc sur un mini sentier d’à peine 50cm de large, à flanc de falaise, que nous allions devoir progresser jusqu’au col. Progression d’autant plus compliquée et dangereuse qu’elle s’effectue sur du schiste, une sorte d’ardoise friable si tu ne connais pas. Autant te dire que c’est très glissant, surtout dans les zones encore à l’ombre où le givre du matin persiste encore. C’est dangereux oui, mais certains endroits sur le GR20 Corse aussi… La dernière centaine de mètres avant le col des Grangettes est vraiment la plus compliquée, très raide avec des chaînes pour nous aider. Clairement, faut pas avoir le vertige et faut surtout avoir le pied très sûr. Pas facile avec nos kilos sur le dos. Le co-randonneur et ses 20kg a eu vraiment peur car il était très déstabilisé. Ce que je peux comprendre, mais ma foi, fallait partir plus léger hein.

Verdict, est ce que la difficulté est à la hauteur du paysage ? OUI. Mille fois oui ! Nous sommes récompensés avec un panorama à 180° avec le lac de l’Eychauda en contrebas, les montagnes et la vallée plus loin. Je ne regrette absolument pas ma variante !

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Quelques photos plus tard, le vent glacial nous force à écourter notre pause. Nous redescendons rapidement sur les bords du lac, abrités du vent, parfait pour une pause casse-croûte.

L’après-midi est beaucoup plus monotone. Nous rejoignons notre logement à côté de Vallouise en étant quasiment en plein soleil tout du long du parcours, avec de nombreux passages sur la route. De quoi bien chauffer la voûte plantaire.

Rien de plus appréciable qu’une petite bière, ou deux, à l’arrivée ! Et alors que 3 jours auparavant je ne savais pas si j’aurais la force de continuer le trek après Vallouise, la question ne se posait même plus tellement je me sentais en forme après cette journée forte en émotions.

Jour 5 : Vallouise – Pré de la Chaumette par le col de l’Aup Martin


Aujourd’hui est un grand jour ! Nous récupérons notre colis de nourriture, youhou ! Ben oui, partir en autonomie 10 jours c’est bien, mais ne pas porter 30kg chacun, c’est mieux. Et donc après avoir étudié toutes les possibilités, nous avons opté pour l’envoi de colis en poste restante afin de récupérer ceux-ci sur place.

Le premier colis devait donc être réceptionné à Vallouise. Je dis « devait » car tout ne s’est pas passé comme prévu. Alors que nous faisions le pied de grue devant la poste pour l’ouverture, nous découvrons avec stupeur que la poste est exceptionnellement fermée ce jour-là. QUOI ?

Je m’en vais de ce pas demander des explications à la mairie située fort heureusement juste à côté. La raison est simple, la personne responsable du guichet est malade et personne ne peut assurer son remplacement. Bien sûr la mairie n’a pas les clés, ce serait trop simple. Adieux bonbons, chocolat, et autre petites gourmandises.

Nous n’avons pas eu d’autre choix que de faire des courses rapides à la petite supérette du coin, histoire de tenir les trois jours jusqu’à notre prochain colis.

C’est donc avec près de 2h de retard sur notre planning et une grosse frustration que nous nous mettons finalement en marche pour ce qui n’est QUE la plus grosse étape du trek avec le passage du col à 2761 mètres. En partant à 10h, nous estimions notre heure d’arrivée à 20h, sans traîner. Pas de temps à perdre donc, si nous ne voulons pas terminer de nuit à la frontale (surtout que j’avais oublié la mienne …)

Tu connais la rengaine, tout est beau tout est magnifique, et en plus des marmottes c’est tout un troupeau d’ânes que nous croisons dans les alpages.

Puis soudainement, dans toute sa noirceur le col de l’Aup Martin se dresse devant nous comme une barrière infranchissable.

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L’ascension en soi n’est pas très compliquée. C’est surtout la durée qui met notre endurance à l’épreuve. Le dernier passage à flanc de montagne requiert un peu plus de vigilance, mais après ce que nous avons traversé la veille, c’est fingers in ze noze.

Au niveau du col, la vue sur ces formations géologiques est vraiment surprenante. Je n’aurais absolument jamais pu imaginer ce décor dans les Alpes. Moi qui trouvais que la France ne me dépaysait pas assez, j’ai bien changé d’avis depuis ces deux treks !

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La descente au refuge du Pré de la Chaumette se fait sans encombre, au rythme de la luminosité décroissante de la fin d’après-midi et des moutons qui nous accompagnent quelques mètres. En silence, nous profitons du moment présent, à admirer les rayons du soleil jouant à cache-cache avec les sommets avant de s’effacer doucement derrière les crêtes.

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Et surprise, il est juste un peu plus de 18h quand nous arrivons ! Malgré la fatigue de la veille dans les pattes et notre départ tardif, on ne s’est pas trop mal débrouillé.

Alors que nous cherchons où planter notre tente, un autre randonneur déjà présent nous informe que le refuge d’hiver est ouvert. Chouette, on va pouvoir dormir au chaud !

Jour 6 : Pré de la Chaumette – La Chapelle en Valgaudemar


Au programme du jour, 3 cols, un lac et une grosse descente. La journée “montagne russe” en quelque sorte.

Je ne vais pas te mentir, enchaîner 3 cols à la suite c’est fatiguant. Mais le cadre est tellement impressionnant que ça vaut bien tous ces efforts ! Je suis scotchée de constater ces différences de paysages entre chaque vallée.

Cette étape ainsi que celle de la veille sont à mon avis les passages où les paysages sont les plus sauvages. Ces endroits ne sont accessibles qu’à pied par des sentiers de randonnée. A cet instant, je me sens très chanceuse d’avoir la forme physique pour découvrir ces zones reculées, loin de toute présence humaine.

Nous évoluons en silence le long de ces montagnes, dans ce désert noir de schiste, sous le regard des glaciers et des marmottes, toujours.

Au loin, seuls les aboiements des patous troublent épisodiquement notre quiétude avant que le calme ne reprenne ses droits sur la nature endormie.

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Puis vient enfin l’heure de la délivrance après le col de Vallonpierre. La descente tant attendue jusqu’au refuge où nous faisons une pause bien méritée au bord du lac, une bière à la main, à regarder jouer les marmottes. Le refuge de Vallonpierre est idéalement niché entre les montagnes, au pied d’un lac dont l’eau si cristalline inviterait presque à la baignade.

Franchement, qu’est ce qu’on est bien à profiter de ce décor splendide, au calme, le visage rougissant doucement sous les rayons du soleil et les effleurements du vent.

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Mais la journée n’est pas terminée. Une très longue descente, éreintante, de quasi 1900m de dénivelé négatif nous attend pour rejoindre La Chapelle en Valgaudemar où nous décidons de dormir au camping du village.

Jour 7 : La Chapelle en Valgaudemar – Le Désert en Valjouffrey


Échaudés par notre mésaventure à Vallouise, cette fois nous rejoignons la poste de bonne heure pour ne pas perdre de temps si jamais la poisse nous poursuivait. Mais heureusement pour nous (et pour la Poste…), notre colis tant attendu était bien là ! Ce plaisir de trouver plein de bonnes petites choses à manger après une semaine de lyophilisés, je te le dis, ça n’a pas de prix !

Requinqués et rassasiés, c’est sous un grand ciel bleu que nous décollons en direction du refuge de Souffles, la première étape de cette journée. Pour être tout à fait honnête, si nous avons terminé en 9 jours et non 10 comme prévu c’est grâce (ou à cause ?) au changement de planning de dernière minute ce matin-là. Dans mon projet initial, je voulais faire la variante plus sauvage par le refuge de l’Olan et dormir au refuge des Souffles. Mais, même si au bout d’une semaine mon état de fatigue s’était largement amélioré, je ne voulais pas avoir les yeux plus gros que le ventre et me remettre dans le rouge bêtement.

La montée dans les sous-bois jusqu’au refuge est raide, mais les quelques fenêtres dans le feuillage nous permettent de distinguer le col de la Vaurze ainsi que les aiguilles rocheuses particulières dans ce secteur.

Le refuge est situé dans un décor splendide au milieu d’une végétation automnale, entouré par les sommets. L’endroit parfait pour prendre une pause avant l’ascension jusqu’à l’imposant col de la Vaurze.

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L’ascension jusqu’au col n’est pas des plus faciles, mais elle est sûrement l’une des plus diversifiées en termes de paysages rencontrés et de techniques requises. Elle nécessite notamment de traverser plusieurs ravins à l’aide de câbles, de traverser un cirque rocheux puis un plateau suspendu, une grande prairie puis pour finir, gravir les éboulements jusqu’au col.  Ça semble rapide et simple sur le papier, il en est autrement en réalité. Surtout quand les nuages se gonflent au dessus de nos têtes, annonciateurs d’un orage imminent.

Se prendre un orage en général c’est déjà pas hyper cool, mais au niveau d’un col,  quand le sentier pour redescendre est hyper raide et glissant sur du schiste c’est encore pire. Bref, on ne traîne pas et on espère que la pluie ne nous rejoindra pas sur le trajet, le vent glacial nous suffit déjà bien assez.

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Les premières gouttes se font sentir alors que nous approchons du Désert. Nous avons à peine le temps de monter la tente, que l’orage s’abat sur nous. Bon, ben ce soir on fera l’impasse sur le repas chaud et la toilette. On se couche en priant pour que l’orage passe rapidement et surtout pour que le soleil soit de retour le lendemain. C’est vrai quoi, on avait posé une option pour avoir du beau temps toute la semaine, manquerait plus qu’on nous arnaque.

Jour 8 : Le Désert en Valjouffrey – Lac de la Muzelle


Au réveil, la pluie a laissé place … au brouillard !

Bon, ben, de toute façon on n’a pas le choix d’avancer malgré tout. On se plaindra au SAV plus tard.

Dès la sortie du village le sentier monte. La brume étant, nous ne voyons pas à 5 mètres devant nous, c’est un peu chiant pour anticiper son effort et sa progression. En plus, nos pantalons sont déjà tout mouillés avec la rosée. Ça commence bien, tient.

Mais ma mauvaise humeur matinale s’est rapidement dissipée, au même titre que la brume dès que les premiers rayons du soleil ont fait leur apparition.

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En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous avions dépassé le brouillard et nous pouvions enfin admirer le paysage incroyable autour de nous.

Une mer de nuage s’étendait à perte de vue devant nos yeux émerveillés et le soleil, déjà haut dans le ciel, brillait et séchait nos visages trempés par l’effort.

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Nous continuons l’ascension jusqu’au col, où de l’autre côté aussi un tapis molletonné nous attendait. Après le col de Côte-Belle, nous contournons une étrange accumulation d’ardoises en forme d’orgues avant de redescendre dans la vallée au milieu des sapins.

Il n’est que midi et nous avons déjà fait 1000 mètres de dénivelé. Nous savons que l’ascension du prochain col jusqu’au lac de la Muzelle nous ajouterait 1150 mètres de dénivelé. Soit un total de 2150 mètres pour la journée, ce que nous n’avons encore jamais fait. Mais c’est sans compter sur notre goût du challenge et notre motivation à toute épreuve. Terminer ce GR avec un nouveau record personnel à notre arc, ça booste, et encore plus quand la perspective de terminer dès le lendemain se fait sentir !

Après une première montée assez raide, surtout en plein cagnard avec le ventre bien rempli, nous atteignons un presque-plateau d’où nous pouvons déjà apercevoir au loin ce mur de schiste à gravir. Nous ne sommes pas exactement certains que le col se trouve là, tellement il semble raide et inaccessible. Mais au fur et à mesure que nous approchons, des silhouettes de randonneurs se dessinent sur la paroi, éliminant tous nos doutes.

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Ce sentier qui avait l’air raide, est encore plus impressionnant une fois à la base de ce “mur”. Pas moins de 50 lacets taillés dans le schiste permettent de toucher le but ultime de cette grande aventure. Chaque lacet est plus pénible que le précédent, dévoilant de nouveaux lacets devant soit, reculant le col d’autant. Tu as beau te répéter que tout est dans la tête et que le mental vaincra, y’a des moments où tu hais tous ces gens qui prêchent ces bonnes paroles. IL EST OU CE PUTAIN DE COL ????

2140 mètres de dénivelé positif plus haut, l’extase. Oui, rien que ça. Certes la vue n’est pas dégueu, mais bon depuis 8 jours on devient un peu blasé des paysages de dingue, mais surtout on peut se poser et faire cesser la douleur dans les cuisses, les fesses, les abdos… bref, partout où tu découvres qu’il y a de la vie dans ton corps qui se réveille.

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Cette longue pause est aussi l’occasion d’une petite introspection. De revenir sur tout le trajet parcouru depuis 1 semaine. Se rappeler de la fatigue des premiers jours, de l’incertitude et des doutes, de la frustration, des fous-rires et du silence et de la motivation qui te prend aux tripes et qui t’empêche d’abandonner. C’est avec un sentiment de fierté immense que nous entamons la descente jusqu’au lac où nous montons le dernier bivouac de ce merveilleux trek.

Qui aurait cru 8 mois plus tôt que nous serions capable de faire le GR20 et le GR54 en 2 mois ? En tout cas, certainement pas moi !

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Jour 9 : Lac de la Muzelle – Bourg d’Oisans


Histoire de bien terminer ce GR54, nous commençons la journée par une petite ascension nous permettant de jouir d’une vue saisissante sur le lac et même de distinguer (en clignant des deux yeux) le Mont Blanc dans le fond.

Le reste n’est plus que descente jusqu’à Bourg d’Oisans, en passant par le lac du Lauvitel, assaillit de touristes en ce dimanche midi. Les derniers kilomètres entre le lac et Bourg sont vraiment très longs et peu intéressants, au milieu de la forêt puis le long de la route. Mais quel plaisir de terminer, des souvenirs plein la tête !

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Bilan


  • Logistique

Nous sommes partis avec sensiblement la même configuration que pour le GR20, je t’invite donc à regarder la liste de mon matériel dans mon article. Par contre, na sachant pas exactement quel temps nous allions avoir, nous avions prévu plus (trop) de vêtements chauds. Franchement, nous avons eu un superbe temps avec des températures bien trop chaudes pour la saison et l’altitude, même si les nuits sont très fraîches. Comme tu peux le voir sur la photo juste au dessus, je n’avais pas prévu de short, j’ai donc porté mon collant (respirant, heureusement) toute la semaine et ma gore-tex et mon coupe-vent sont gentiment restés accrochés à mon sac.

La grosse différence avec le GR20 a été notre autonomie alimentaire, nous avions donc près de 2kg chacun en plus dans nos sacs, soit 12kg pour moi. Ce que je ne referai pas, c’est bien trop lourd !

Par contre malgré notre expérience ratée à Vallouise, le colis en poste restante nous a convaincu. Alors oui c’est pas donné, mais quand tu compares le prix des produits dans les petites supérettes de montagne ou les refuges, je pense que ton colis est vite rentabilisé. Que ce soit en termes de prix oui, mais aussi juste pour le confort de randonner avec un sac allégé et savoir que de bons petits produits attendent quelques kilomètres plus loin. Sans oublier la motivation pour continuer à avancer 🙂

  • Conseils et informations pratiques

La meilleure saison pour réaliser ce trek s’étend de juin à octobre, sachant que début juin il peut encore rester de la neige et que les refuges ferment vers mi-septembre. En gros, à la fin septembre comme nous c’est vraiment top.  Mis à part les 2 weekends,  on n’a presque croisé personne sur le chemin ! Un vrai régal.

Par contre, nous avons trouvé que toute la partie du lac de Lauvitel à Besse en Oisans n’est pas très intéressante, car même s’il y a quelques beaux paysages, une grande partie du tracé emprunte les routes. A refaire, nous éviterions Bourg d’Oisans et nous partirions de Mizoen à côté du lac de Chambon, en terminant la boucle par la variante 54C  à partir du Lac de la Muzelle ou du Lauvitel.

Sinon, comme j’avais pu le lire, ce GR est très physique. Nous sommes d’ailleurs tous les deux d’accord pour dire que, d’après notre ressenti personnel, le GR54 est plus physique que le GR20 du fait des dénivelés journaliers bien plus importants. Si tu cherches un entraînement pour ton GR20, certains tronçons de ce GR sont parfaits !

Si tu avais dans l’intention de réaliser ce magnifique trek, ou bien si mon récit t’a donné envie (cool !) alors tu trouveras une mine d’informations sur le site officiel du parc national des Ecrins: http://www.ecrins-parcnational.fr/grand-tour-ecrins-0 

 

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En conclusion, nous n’avons pas du tout été déçu par ce trek de 9 jours dans le parc national des Ecrins. Que ce soit par le niveau de difficulté que nous recherchions, par la diversité des paysages et leur incroyable beauté et par le fait que ce tour soit bien moins prisé que les célèbres GR20 et Tour du Mont Blanc, je recommande définitivement ce parcours à tous randonneurs et les amoureux de la nature.

Tu connais le GR54 ? Tu as d’autres treks et France ou à l’étranger à me conseiller ?

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Tags : GR54RandonnéesRhône-Alpes

4 commentaires

  1. Merci pour ce compte rendu complet, bien écrit et joliment étayé par des photos qui donnent envie!
    Après le TMB l’année passée, le gr20 attendra 2020! Cet été, pour moi, ça sera les écrins!
    Merci encore et 👏🏼 !!!

  2. Quelle énergie je suis scotchee ! Je l’ai fait 2 fois et jamais en moins de 11 jours. J’adore les écrins ça reste assez sauvage. Tes photos sont magnifiques . Je me demande comment tu as trouvé le temps en plus de faire d’aussi belles photos 😀. L’interet de partir plus tard en saison c’est aussi la lumière et les couleurs des paysages . Qu’est ce que tu as utilisé comme pareil ? Un ou plusieurs objectifs?
    Bravo en tout cas!

    1. Je t’avoue que vu l’état dans lequel j’ai commencé j’ai moi même du mal à comprendre comment j’ai pu terminer, moins fatiguée qu’au départ 😂
      Le secret des photos c’est de prendre un smartphone. Léger et rapide à dégainer 😉

Commentaires

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